La relâche en pêche profonde

Lorsqu’on souhaite relâcher un poisson dans de bonnes conditions, la pêche profonde des poissons benthiques peut causer problème. Notez que les pélagiques ne subissent pas ou très peu la décompression.

Dernière mise à jour le vendredi 29 décembre 2017

1

La décompression

Les pélagiques ne subissent pas ou très peu la décompression. Il est ainsi possible de les pêcher très profondément et de les relâcher sans difficulté. C’est ainsi le cas pour la sériole, le sabre, les bonites, le thon, etc. Mais pour les espèces vivant à proximité immédiate du fond, le fait de les remonter rapidement dans les couches d’eau peut entrainer un gonflement de la vessie natatoire empêchant le poisson de nager correctement pour rejoindre les profondeurs où il a été pêché et qui peut le condamner. Cet accident survient à des profondeurs différentes selon les espèces : plus d’une dizaine de mètres pour le bar, au-delà de 20 m pour le maigre ou encore le denti. Mais ce barotraumatisme n’est pas qu’une expansion du gaz dans la vessie natatoire. Elle cause également de fortes lésions sur tout son organisme.

Ainsi, contrairement à ce que pensent beaucoup de pêcheurs, la poche qui sort de la bouche des poissons n’est pas la vessie natatoire mais…son estomac ! En effet, en augmentant de volume, la vessie natatoire pousse les autres organes. Le gaz se retrouve également dans tout l’organisme. Autant de facteurs qui condamnent bien souvent votre prise et rend sa relâche inutile. Il existe pourtant des solutions pour limiter ce phénomène et pouvoir libérer votre prise.

Notez que cette très grosse pélamide est parfaitement immobilisée en lui maintenant juste la queue entre le pouce et l’index et en la soutenant sous le ventre avec l’autre main Notez que cette très grosse pélamide est parfaitement immobilisée en lui maintenant juste la queue entre le pouce et l’index et en la soutenant sous le ventre avec l’autre main

2

Un combat en douceur

Comme nous vous l’avons déjà indiqué, les poissons benthiques ne doivent pas être « treuillés » avec des ensembles puissants mais bien plutôt être combattus en finesse. À l’exception du pageot et du pagre qui supportent relativement bien la remontée et dégazent facilement, la plupart des poissons benthiques subissent un barotraumatisme. Cela signifie que pris en pêches profondes, ces espèces subissent une expansion du gaz dans leur vessie natatoire lorsqu’ils sont ramenés trop rapidement. L’organisme entier en subit les conséquences et le poisson peut en mourir.

Passés les premiers rushs très puissants, une espèce comme le denti se fatigue relativement vite. Après avoir été décollé du fond qui est source d’accroches ou de casses et où le poisson va tenter de se réfugier, le combat en pleine eau peut être géré en douceur par le pêcheur. Le principe est de ne pas treuiller sa prise en force mais de lui donner le temps de décompresser au fur et à mesure de la remontée. C’est un peu comme pour les plongeurs sous-marins qui effectuent des paliers de décompression. Au bout d’un temps, le poisson libère même un chapelet de bulles prouvant qu’il a rééquilibré la pression dans son organisme. Le pêcheur doit donc savoir être patient et ne doit pas chercher à remonter sa prise trop rapidement. Dans des profondeurs moyennes, cette pratique permet ainsi de relâcher de nombreux poissons dans de bonnes conditions. Notez néanmoins que plus la profondeur est importante, et plus la relâche devient complexe. De même, certaines espèces sont plus fragiles que d’autres. Ainsi, le mérou ou encore le lieu supportent mal d’être remontés de fonds importants.

Conseil Top Fishing :

Rappelons que le mérou est un poisson qui fait l’objet d’un moratoire et qui doit être systématiquement relâché sous peine d’une sévère amende. Il s’agit néanmoins d’une espèce supportant mal la décompression et qui, malgré toutes les précautions du pêcheur peut avoir du mal à repartir. Il est certes impossible de sélectionner les poissons qu’on pêche aux leurres ou au vif mais, autant que cela est possible, tachez d’éviter les zones connues pour leur population de mérous. 

…et après un passage dans le vivier et une bonne ré-oxygénation, il sera relâché par Fabien Harbers (voir vidéo) …et après un passage dans le vivier et une bonne ré-oxygénation, il sera relâché par Fabien Harbers (voir vidéo) Ce denti a été pris au vif dans des fonds moyens… Ce denti a été pris au vif dans des fonds moyens…

Vidéo montrant le combat d’un denti avec le guide de pêche, suivi de sa relâche

Vous y constaterez que le pêcheur remonte lentement le poisson et attend qu’il dégaze. Il passe également du temps à le ré-oxygéner afin qu’il reparte dans de bonnes conditions :

3

Prenez bien soin de ne pas toucher les fentes branchiales lors de la prise sous la mâchoire

D’autres techniques de relâches

Il existe d’autres techniques de relâche de poissons pris en pêche profonde qui s’avèrent plus complexes. Elles sont ainsi utilisées par des spécialistes pour la pêche du bar ou encore de celle des dentis.

Le fizzing

La technique du fizzing consiste à percer précisément la vessie natatoire du poisson avec l’aiguille d’une seringue et de laisser s’échapper le gaz présent afin que la pression interne soit la même que celle du vivier où il est conservé. Cette opération est également nommée trocardage ou venting. Cette pratique est ainsi exercée par des guides de pêche renommés tels que Olivier Journaux ou encore Arnaud de Wildenberg. Voici comment ce dernier conseille de pratiquer le fizzing sur un bar :

« En longueur je prends la quatrième épine dorsale, puis je descends de cinq à six écailles sous la ligne latérale, j’introduis mon aiguille de manière tangentielle de l’arrière vers l’avant et je soulève les écailles, la je redresse mon aiguille perpendiculairement et je la descends à la verticale, je mets un peu de salive sur le bout de mon aiguille, ce qui me permets de vérifier que j’ai bien atteint la vessie natatoire. Je pique à cet endroit, car après avoir disséqué un bar tout juste pris, c’est à cet endroit que la vessie natatoire est la plus large et donc le risque d’erreur le plus minime »
Arnaud de Wildenberg

Signalons que pour le lieu, cette technique semble ne pas fonctionner. Il est à noter également que le point à percer est différent dans le cas du maigre.

Le plomb de relâche

De nombreux pays anglo-saxons — dont notamment les Etats-Unis — sont bien en avance sur nous concernant la relâche de poissons pris en pêche profonde. Ils ont en effet l’habitude d’utiliser un plomb de relâche qui permet de redescendre le poisson aux profondeurs auxquelles il a été pêché pour le libérer. Le principe est de contrer le barotraumatisme en entrainant le poisson dans la même colonne d’eau où il se situait afin qu’il retrouve la pression où il a été pêché. Cet accessoire est un plomb doté d’un crochet sans ardillon positionné pointe vers le bas. Accroché à une des lèvres du poisson, celui-ci fait redescendre la prise en profondeur pour que le gaz reprenne son volume initial afin que le poisson retrouve une flottabilité neutre. Une fois retrouvé la bonne profondeur, le pêcheur n’a qu’à ferrer à une ou deux reprises pour que le crochet s’enlève, libérant ainsi le poisson.

Une épuisette large abrège le combat et permet de sortir de très beaux poissons rapidement Une épuisette large abrège le combat et permet de sortir de très beaux poissons rapidement

4

Maintenu par la queue et avec une main sous le ventre, le denti risque moins de vous échapper et donc de se blesser

Pêche profonde, une bonne gestion du combat et un prélèvement raisonné

Concernant la technique du fizzing, il ne s’agit pas là d’un geste anodin puisque le principe est de percer un organe avec une grande précision et d’enlever un volume de gaz exact pour que le poisson puisse survivre. Il est nécessaire d’utiliser l’aiguille d’une seringue et de faire passer le poisson dans un vivier bien oxygéné, — ce que tout le monde ne possède pas à bord ! Elle est pratiquée par quelques guides de pêche réputés qui se sont spécialisés dans cette pratique, mais celle-ci reste néanmoins complexe pour le simple pêcheur de loisir. Bien qu’étant plus simple, le système du plomb de relâche n’est pas encore commercialisé et nécessite d’être donc d’être « bricolé ». Tout le monde n’en possède donc pas à bord.

Dans les deux cas, il existe actuellement trop peu d’études scientifiques sur le taux de survie de ces méthodes. Elles suscitent d’ailleurs de nombreux débats sur les forums pêche qui mettent en avant de multiples analyses réalisées dans les pays anglo-saxons (Nouvelle Zélande, Australie, Etats-Unis). Nous espérons sincèrement que ces pratiques soient validées à longs termes grâce aux études de marquage qui sont actuellement en cours dans tout le territoire français.

En attendant, le manque de recul nous invite à vous conseiller de pratiquer une pêche responsable et durable. Evitez ainsi autant que possible de pêcher trop profondément si vous souhaitez relâcher vos prises dans de bonnes conditions. De même, si vous pratiquez dans des fonds importants, sachez gérer le combat en douceur comme nous vous l’avons indiqué afin que le poisson ait le temps de dégazer. Enfin, tous les poissons ne pouvant être relâchés dans ces techniques profondes, sachez prélever modérément.

Une pêche raisonnée et responsable est déjà le premier pas vers une gestion durable de la ressource. 

Cette daurade royale est juste tenue par la jonction entre les opercules et la mâchoire. L’autre main sous le ventre la soulage de son propre poids. Cette daurade royale est juste tenue par la jonction entre les opercules et la mâchoire. L’autre main sous le ventre la soulage de son propre poids.

Suite du dossier :

© Top Fishing, T: 04 42 10 93 20 - Les Terrasses du Port - 13960 Sausset-les-Pins (France) - N°Siret : 40210676900010